"Tu me fais penser à ce petit oiseau... Tiens, emporte-le.. Je te le donne."

Je ne sais pas trop par où commencer. C'est bien difficile. Il y a tout ce temps parti, que les mots ne reprendront jamais, et les visages aussi, les sourires, les plaies. Mais il faut tout de même que j'essaie de dire. De dire ce qui depuis vingt ans me travaille coeur. Les remords et les grandes questions. Il faut que j'ouvre au couteau le mystère comme un ventre, et que j'y plonge à pleines mains, même si rien ne changera rien à rien.
P. Claudel.



# Posté le dimanche 06 avril 2008 12:05

Modifié le vendredi 12 décembre 2008 13:53

« "Allez, CRIE !" Blanche Lueur. Ses spasmes l'étouffent, le diable fera son autopsie Sans effort. »






Recueillement



Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu clamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmospre obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pen
dant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va
cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Anes,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

L
e Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma cre, entends la douce Nuit qui marche.




Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal.




« Dès ma première jeunesse, une flèche de chagrin s'est plantée dans mon c½ur. Tant qu'elle y reste je suis ironique – si on l'en arrache, je mourrai » S. Kierkegaard .

# Posté le mercredi 09 avril 2008 15:22

Modifié le mardi 11 novembre 2008 11:27

Fatigué.
Jamais une statue ne sera assez grande
Pour dépasser la cime du moindre peuplier
Et les arbres ont le c½ur infiniment plus tendre
Que celui des hommes qui les ont plantés
Pour toucher la sagesse qui ne viendra jamais
Je changerai la sève du premier olivier
Contre mon sang impur d'être civilisé
Responsable anonyme de tout le sang versé

Fatigué, fatigué
Fatigué du mensonge et de la vérité
Que je croyais si belle, que je voulais aimer
Et qui est si cruelle que je m'y suis brûlé
Fatigué, fatigué

Fatigué d'habiter sur la planète Terre
Sur ce brin de poussière, sur ce caillou minable
Sur cette fausse étoile perdue dans l'univers
Berceau de la bêtise et royaume du mal
Où la plus évoluée parmi les créatures
A inventé la haine, le racisme et la guerre
Et le pouvoir maudit qui corrompt les plus purs
Et amène le sage à cracher sur son frère


Fatigué, fatigué
Fatigué de parler, fatigué de me taire
Quand on blesse un enfant, quand on viole sa mère
Quand la moitié du monde en assassine un tiers
Fatigué, fatigué

Fatigué de ces hommes qui ont tué les indiens
Massacré les baleines, et bâillonné la vie
Exterminé les loups, mis des colliers aux chiens
Qui ont même réussi à pourrir la pluie
La liste est bien trop longue de tout ce qui m'éc½ure
Depuis l'horreur banale du moindre fait divers
Il n'y a plus assez de place dans mon c½ur
Pour loger la révolte, le dégoût, la colère

Fatigué, fatigué
Fatigué d'espérer et fatigué de croire
A ces idées brandies comme des étendards
Et pour lesquelles tant d'hommes ont connu l'abattoir
Fatigué, fatigué

Je voudrais être un arbre, boire à l'eau des orages
Pour nourrir la terre, être ami des oiseaux
Et puis avoir la tête si haut dans les nuages
Pour qu'aucun homme ne puisse y planter un drapeau
Je voudrais être un arbre et plonger mes racines
Au c½ur de cette terre que j'aime tellement
Et que ces putains d'hommes chaque jour assassinent
Je voudrais le silence enfin et puis le vent

Fatigué, fatigué
Fatigué de haïr et fatigué d'aimer
Surtout ne plus rien dire, ne plus jamais crier
Fatigué des discours, des paroles sacrées

Fatigué, fatigué
Fatigué de sourire, fatigué de pleurer
Fatigué de chercher quelques traces d'amour
Dans l'océan de boue où sombre la pensée

Fatigué, fatigué


Renaud.

# Posté le dimanche 13 avril 2008 08:26

Modifié le jeudi 06 novembre 2008 20:52